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Mon bestiaire: Fauch'Eux, mes créatures me tuent...
Mes créatures me tuent...

Comme tous les artistes et bien sĂ»r comme tous les ĂȘtres humains, j’ai un bestiaire. Ce sont les animaux de mon entourage qui font partie de ma vie et de mon oeuvre.
J’ai en premier un bestiaire mythologique, c’est la MĂ©duse. Elle hante ma vie et mon oeuvre.

Le rat d'eau de La MĂ©duse, sculpture de l'oeuvre du Radeau de la MĂ©duse
Le rat d'eau de La MĂ©duse

Mon bestiaire dans mes oeuvres est constituĂ© de rats (le rat d’eau de la MĂ©duse), d’élĂ©phants, de buffles, de crocodiles, d’oiseaux, d’abeilles, de fourmis, d’araignĂ©es et de poules (je peins avec de la peinture Ă  l'oeuf). Ce bestiaire est assez hĂ©tĂ©roclite. Ces animaux ont tous une symbolique qui m’est propre et je peux vous en parler longuement. Ces animaux sont fictionnels, ils existent dans mon oeuvre fictionnelle. Les mĂ©duses, les Ă©lĂ©phants, les buffles, les crocodiles me semblent provenir du fond des Ăąges. Ils ont aujourd'hui une rĂ©alitĂ© qui n'est pas la leur, c'est la mienne.

Mes rapports avec l'animal sont parfois tendus
Mes rapports avec l'animal

Et puis, il y a l’animal qui est en moi. C’est mon animal prĂ©fĂ©rĂ©, mon fidĂšle compagnon. Il a de bons cĂŽtĂ©s et des mauvais, on s’assemble. Dans mon mĂ©nage avec lui, cette dualitĂ© est une source de conflits permanents, il s’oppose Ă  mon devenir-humain et moi, je m’oppose Ă  son devenir-bĂȘte. Nous avons des vues communes en ce qui concerne la nourriture, le sexe, tout ce qui est indispensable Ă  la vie et Ă  la reproduction.

Trophée ou Totem?
Trophée ou Totem?
Des territoires et des points de vue...

La vie vĂ©gĂ©tale est caractĂ©risĂ©e par la fixitĂ©. Les racines, organes vitaux des plantes, ont plusieurs fonctions dont celle d’ancrer les vĂ©gĂ©taux Ă  un support dĂšs la germination. Cette localisation ne permettant plus ultĂ©rieurement le dĂ©placement des plantes en coordonnĂ©es planes. La vie animale est au contraire mobilitĂ©. Mais, les animaux qui se dĂ©placent pratiquent aussi une forme d’enracinement qu’on appelle territorialitĂ©. D’aucuns disent que la grande majoritĂ© des animaux possĂšde une forme de territorialitĂ©, une sorte d’attachement Ă  des lieux limitĂ©s et dĂ©limitĂ©s dans l’espace pour survivre et procrĂ©er, voire mourir. Mais tous les animaux ne possĂšdent pas de territoire prĂ©cisĂ©ment dĂ©limitĂ© et dĂ©fini. En raison de la disponibilitĂ© saisonniĂšre des ressources liĂ©e surtout aux variations climatiques, les animaux sauvages sont amenĂ©s Ă  se dĂ©placer, souvent en groupe, la plupart du temps sans territorialitĂ© prĂ©dĂ©terminĂ©e. D’autres pratiquent la transhumance ou la migration, des dĂ©placements rĂ©guliers entre des mĂ©moires locales (mĂ©moire visuelle qui retient l’agencement, la disposition d'un lieu).
La notion de territoire apparait simultanĂ©ment Ă  la mutation des groupes humains du nomadisme Ă  la sĂ©dentaritĂ©. Le concept de territoire est une construction de l’esprit visant Ă  rendre les hommes sĂ©dentaires alors que dans l’histoire de l’homme, l’homme est avant tout un nomade. Le territoire est un concept qui est entachĂ© de connotations d’appropriation, de possession et de conquĂȘte. Le territoire est la contrepartie d’un abandon tacite du nomadisme, une fĂ©odalisation. Dire que les animaux ont des territoires, dire que les hommes ont des territoires comme tous les animaux, ce sont des extrapolations. C’est l’homme qui a sĂ©dentarisĂ© les hommes et ensuite c’est l’homme qui a parquĂ© une grande partie des animaux.
Ce qui est incontestable, c’est que les ĂȘtres vivants naissent dans une localitĂ©. A notre naissance, nous avons une prĂ©sence locale, nous avons une localitĂ©, c’est-Ă -dire que nous occupons une position dans une partie dĂ©terminĂ©e de l’espace et du temps. La localitĂ©, c’est un rĂ©fĂ©rentiel, un endroit avec des particularitĂ©s qui sont uniques.
La localisation est l’action de localiser, de situer, le fait d'ĂȘtre localisĂ© ou d'ĂȘtre situĂ© en un endroit prĂ©cis, dans l'espace et le temps.
La dĂ©localisation est une pratique qui consiste Ă  changer de lieu, de localisation, de grĂ© ou de force, de grĂ©, afin de bĂ©nĂ©ficier d'avantages, de l’attractivitĂ© d’autres pays, de vassalitĂ©s plus Ă©quitables et moins contraignantes ou de force, parce qu’on y est contraint (c’est souvent une dislocation). La liste des dĂ©localisĂ©s est longue : immigrĂ©s, migrants, rĂ©fugiĂ©s, expatriĂ©s, demandeurs d’asile, exilĂ©s, gens en exode, dĂ©possĂ©dĂ©s, dĂ©racinĂ©s, dĂ©portĂ©s, infĂ©odĂ©s, sans domicile fixe, terroristes, artistes, militaires, banquiers, industriels , etc.
La dĂ©ferlante de la re-nomadisation a Ă©tĂ© stimulĂ©e par la dĂ©localisation des capitaux et des outils de production qui a entraĂźnĂ© une prĂ©carisation des localisations et a favorisĂ© une re-nomadisation de l’homme. Cette re-nomadisation est facilitĂ©e par la baisse des coĂ»ts de transport, la relative libre circulation des personnes et les nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Le point de vue est le principe initiateur du nomadisme et ceci est aussi vrai que nous avons tous le mĂȘme couple pour ascendant. Le local initial est un champ de points de vue. Un point de vue, c’est un endroit oĂč il faut se placer pour voir une localisation, un lieu, c’est le point d’oĂč l’on regarde un local et sur lequel la vue pointe, se focalise et s’arrĂȘte, faute de performance de nos organes de perception. L’ensemble des points de vue constitue un horizon de perception qui nous relie au local. Le point de vue, c’est une maniĂšre de crĂ©er des points de repĂšre dans cet espace et ce temps, de les mĂ©moriser.
Le point de vue est spatio-temporel, ses variables Ă©tant l’espace et le temps. On voit cette montagne, mais on ne voit pas ce qu’elle cache, si on veut voir derriĂšre, on doit changer de lieu et cela me prend un certain temps pour atteindre ce nouveau point de vue. Il y a bien un Ă©cart d’espace et de temps entre ces deux points de vue. Les localitĂ©s sont extensibles, il suffit de marcher, de surfer de point de vue en point de vue.
Le point de vue est constitutif de la construction identitaire, il permet de nous situer.

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