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Mes montagnes
Mes montagnes

Tout animal a un monde et la plupart des animaux ont une localisation. Je m’apparente à ces derniers, je dispose d’une localisation privative dans laquelle je vis et je travaille. Après une délocalisation de France, je me suis relocalisé en Thaïlande. J'ai une nouvelle localisation. C'est une localisation qui m’est propre mais qui reste provisoire: je vis dans un pays où les étrangers ne peuvent pas acquérir la moindre parcelle du royaume. Alors, j’ai acheté la jouissance d’un terrain nu pour 30 à 100 ans, une sorte de concession, une concession à la loi. 
Les animaux marquent leur localisation avec toutes sortes d’indices, de traces : des odeurs, des cris, des marquages pour signifier leur présence. Ainsi, les Thaïlandais marquent leur présence dans leur habitation en laissant à l’entrée leurs chaussures (à mon avis, ce n’est pas par soucis d’hygiène ou de civilité), et la nuit en allumant des lampes en façade.
L’animal laisse des traces dans l’espace et il en laisse aussi dans le temps, l’art étant une expression de ces empreintes. J’ai adopté un marquage pour signifier ma présence. Cette localisation n’étant pas un lieu public pour les humains, elle est très bien délimitée par des murs et des barrières, sorte de frontière disposant de points de franchissement. C’est un enclos, un peu comme l’est une peinture encadrée. Cette clôture circonscrit un jardin. Etymologiquement, un jardin est un espace clos (jardin signifiant clôture).
Cette localisation est mon domaine vital, un au-delà du chaos des Eux, des Uns et des Autres, un endroit intime où je peux me ressourcer car elle est un espace nourricier pour mon corps et pour mon esprit.
Puis, il y a cette maison que j’ai fait construire pour vivre avec ma plus fidèle compagne : une partie de mon œuvre. Il y a aussi mon atelier qui est vraiment mon jardin secret dans ma maison. J’y cultive des soucis, des pensées et parfois des sentiments (des fleurs rares qui ont un parfum inouï), des souvenirs et des regrets, des rêves et des espoirs aussi.
Je me plais à déambuler dans cette modeste localisation, un univers en miniature, un microcosme, un jardin où les mauvaises herbes côtoient les bonnes à manger. Je n’y suis pas solitaire, il y a  une multitude d’animaux plus ou moins nuisibles qui ont fragmenté et partagent avec moi cette localisation bien que nous n'avons pas les mêmes points de vue.
Dans mon jardin à Paris, j’ai dans le passé construit une montagne. La montagne est un point de jonction entre la terre et le ciel, les animaux mortels et les dieux. La construction d’une montagne est pour moi un marquage, une prise de possession d’une localisation, un prélude aussi à l’organisation d’un jardin, elle le domine, le surveille et influence nos devenirs. Cette montagne miniature est la pièce maitresse de mon jardin.
J’ai construit cette montagne avec des pierres calcaires provenant du lac tai en Chine. Ces pierres sédimentaires témoignent de la vie intense qui a régné autrefois au fond des mers et de l’effervescence qui a présidé à la formation de leur aspect présent. D’abord sous forme de magma liquide au sortir de la mer, elles ont jailli des profondeurs de l’eau dans un tumultueux bouillonnement. Les bulles des gaz propulseurs de ces pierres ont laissé leurs empreintes tourmentées, formant en se refroidissant d’innombrables orbites aveugles, béantes lorsqu’elles sont retombées dans la mer.
 J’ai assemblé ces pierres de manière à ce qu’elles figurent une montagne. Je crois que c’est leur rêve… C’est leur devenir "pierre de montagne".

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